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Analyse  /  Formation & capacités humaines

Former à l’IA :
donner toute leur place
aux capacités humaines

Marco Barber Salvat · Infinitum

L’IA rédige, analyse, planifie et exécute. Nous investissons dans ses capacités. Investissons-nous autant dans celles des personnes qui la pilotent ?

Définir un objectif, interpréter une situation, questionner une proposition, arbitrer : ces capacités conditionnent la qualité du travail avec l’IA. Leur développement mérite une place explicite dans les programmes de formation.

Institutions de formation continue, établissements d’enseignement supérieur, responsables formation et RH en entreprise : nous avons une responsabilité commune. Former les personnes à utiliser l’IA implique aussi de développer les capacités humaines nécessaires pour la piloter.

Les compétences humaines montent en puissance

Le Global Skills Report 2026 de Coursera, mobilisant des données de Coursera et Udemy, place l’esprit critique et le jugement en tête des compétences humaines identifiées. Les inscriptions liées à l’esprit critique progressent de 107 % en un an. L’éthique, la gouvernance et la résolution de problèmes complexes occupent également une place centrale. Ces données décrivent des comportements d’apprentissage sur les plateformes : l’intérêt pour les capacités humaines accompagne celui pour l’IA.

Source 01  /  Coursera · Global Skills Report 2026 (nouvel onglet)

Cette évolution rejoint la conviction qui porte Infinitum : plus nous confions de tâches à l’IA, plus nous devons travailler la qualité de notre pilotage.

Trois façons de travailler avec l’IA

Les activités professionnelles ne se prêtent pas toutes au même mode d’utilisation de l’IA.

Les processus structurés peuvent être décomposés en étapes, ordonnées et répétées : collecter des informations, les classer, produire un document, le transmettre. Ce sont des situations propices à l’automatisation, avec des règles et des contrôles définis.

Les processus hybrides suivent eux aussi une séquence, mais certaines étapes demandent du jugement. Préparer un rapport, par exemple, peut combiner collecte et synthèse automatisées, puis interprétation des résultats, arbitrage et validation. L’enjeu est d’identifier les moments où l’intervention humaine est nécessaire.

Les questions ouvertes demandent de construire le chemin au fil de la réflexion : définir une orientation stratégique, comprendre une situation complexe ou imaginer des réponses à un problème nouveau. Le dialogue avec un chatbot peut soutenir cette exploration. L’utilisateur questionne, confronte les pistes et ajuste sa démarche.

Le pilotage humain prend ainsi des formes différentes : définir les règles, intervenir aux moments décisifs ou orienter une réflexion ouverte. La formation doit préparer les personnes à reconnaître ces situations et à mobiliser les capacités adaptées.

Des capacités attendues, un apprentissage encore trop implicite

On demande aux individus d’être critiques, créatifs, adaptables. Mais où apprend-on explicitement à développer ces capacités ?

Dans l’enseignement supérieur, elles peuvent relever d’un « curriculum caché » : les occasions de les exercer existent, sans que les étudiants sachent toujours quelles capacités ils travaillent ni comment progresser. C’est le constat développé par Oscar Ybarra dans un article publié par l’AACSB en 2023, qui défend un enseignement intentionnel de l’adaptabilité.

Source 02  /  Oscar Ybarra · AACSB, 2023 (nouvel onglet)

À Houston, deux écoles publiques ont choisi de leur donner une place visible dans l’emploi du temps. En 2026, elles expérimentent une organisation consacrant les matinées aux apprentissages académiques et les après-midi à des projets développant notamment l’esprit critique, la collaboration et l’adaptabilité. Ulrich Boser décrit cette initiative dans How Two Schools Are Leaning Into Human Skills in the Age of AI. Il souligne une condition essentielle : articuler ces projets aux connaissances acquises, car le raisonnement s’exerce sur un contenu et dans un contexte.

Source 03  /  Ulrich Boser · Forbes, 2026 (nouvel onglet)

Cette expérimentation illustre une orientation que nous défendons : faire du développement des capacités humaines un objectif explicite de formation, avec du temps, de la pratique et des retours pour progresser.

Passer de l’intention à la pratique

« Développer l’esprit critique » devient concret lorsqu’un participant apprend à repérer les hypothèses d’une réponse de l’IA, à les confronter à sa situation et à déterminer ce qui doit être vérifié.

Encore faut-il qu’il réutilise cette démarche dans son travail. La revue de recherche Making soft skills “stick”, à l’origine du modèle COMPASS, examine les conditions de ce transfert. Elle souligne le rôle conjoint des capacités, de la motivation, de l’environnement et de la conception de la formation.

Source 04  /  Hamzah et al. · Publication en ligne, 2024 (nouvel onglet)

Pour les institutions comme pour les entreprises, rendre cet apprentissage explicite signifie donc prévoir :

  • des capacités identifiées dans les objectifs pédagogiques ; des exercices liés à des situations professionnelles ; des critères d’observation et du feedback ; des occasions de réutiliser les acquis.

Cette démarche peut irriguer les formations à l’IA, mais aussi les parcours métiers, le management et la prise de décision.

QI-IA : une carte pour orienter sa pensée

Développée par Infinitum, la méthode QI-IA articule 28 capacités humaines et 15 états d’esprit, accompagnés d’une carte de navigation de la pensée.

QI-IA  /  Carte de navigation de la pensée

Plusieurs chemins. Un pilotage humain.

Besoin, intentionet contexte Choix etresponsabilité ExplorerComparer CadrerDécider ReformulerVérifier
À chaque étape, choisir les capacités et les états d’esprit utiles au contexte. Parcours illustratifs, non prescriptifs. Les vérifications dépendent des enjeux.

Pourquoi associer capacités et états d’esprit ? Parce que savoir faire ne garantit pas que l’on fera. Une personne peut savoir vérifier une information et accepter une réponse sans l’examiner. Elle peut savoir explorer plusieurs options et s’arrêter à la première.

Avec QI-IA, l’utilisateur explicite son besoin et son intention, puis choisit les capacités et les états d’esprit utiles à sa situation. Il peut explorer, comparer, reformuler, revenir en arrière ou approfondir une vérification. La carte rend ces choix visibles et permet de les travailler.

Cette approche – Soft Skills Engineering for AI Usability – propose un cadre pour intégrer ce développement dans les programmes de formation et les parcours des collaborateurs.

Donner aux capacités humaines une place dans les programmes

Institutions de formation, responsables formation et RH : donnons une place explicite aux Human Skills in the Age of AI.

Esprit critique, discernement, créativité, adaptabilité : ces capacités doivent se traduire en objectifs pédagogiques, en mises en pratique et en critères de progression.

Notre ambition est que les progrès de l’intelligence artificielle s’accompagnent d’un développement de l’intelligence humaine.

Nous formons les personnes à utiliser l’IA. Organisons aussi le développement des capacités humaines nécessaires pour la piloter.

Sources & références

  1. Coursera · Global Skills Report 2026Compétences humaines et comportements d’apprentissage. (nouvel onglet)
  2. Oscar Ybarra · AACSB, 2023Teaching the One Skill Employers Desire Most. (nouvel onglet)
  3. Ulrich Boser · Forbes, 2026How Two Schools Are Leaning Into Human Skills in the Age of AI. (nouvel onglet)
  4. Hamzah et al. · Publication en ligne, 2024Making soft skills “stick” · Le modèle COMPASS. (nouvel onglet)

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